Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /Fév /2009 00:55

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6.

Allongée dans son lit, Emilie faisait un semblant de point sur sa vie. Un an qu'elle était au chômage. Sept que sa mère l'avait quittée pour toujours. Quinze que son père avait fichu le camp pour se taper une gonzesse de la moitié de son âge. Et seize que ... Et elle avait vingt-cinq ans. C'est cool la vie . Michel avait su la rendre heureuse quelques mois. Elle avait vraiment pensé qu'il serait le bon, celui qu'elle aimerait toute sa vie... Elle décréta qu'elle avait vu beaucoup trop de films. Les princes charmants n'existaient pas. La vie n'est pas un conte de fée, répétait-elle toujours. Elle se tourna sur le côté en soupirant. Et elle n'avait pas revu ses amis depuis des siècles. Et si elle appelait Marceline ? Non, il était trop tard... presque minuit .






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Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /Fév /2009 02:39

7/1

7.


   
Il était dix heures quand elle ouvrit les yeux le lendemain matin. Un coup d'oeil à son portable qui lui servait de réveil .
    _ Merde ! Les enfants ! S'écria-t-elle  en sautant du lit.

        Oh merde ! Merde! Merde ! C'était vraiment pas cool là ! Elle avait ramé pour avoir ce petit boulot à mi-temps et il fallait qu'elle gâche tout .
    Elle dévala les escaliers et se rendit compte une fois en bas qu'elle avait oublié ses clefs.
        Merde ! Merde ! Et re-merde !
    Et son portable qui sonnait et qu'elle n'arrivait pas à sortir de sa poche .

    _ J'EN AI MAAAAAAAAAAARRE ! ! cria-t-elle.

    Les larmes pointaient le bout de leur nez. Les poings serrés, Emilie se tapait les cuisses avec rage. Elle n'en pouvait plus là.
    C'était quoi sa vie? Torcher le cul de gamins dont les parents ne savaient pas s'occuper et qui vous prenaient de haut alors qu'ils étaient encore plus démunis que vous ? Et en plus ils en avaient trente-six des gosses !
        Faire des enfants a toujours été le seul plaisir des pauvres, lui rappelait la voix de son professeur de lettres de terminale.
        Mais moi, j'en n'ai pas d'gosses ! Et je suis pauvre !

        Oui, mais toi, tu es toute seule.

        Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié ...


    Emilie n'irait pas travailler aujourd'hui. Elle remonta chez elle, chercha ses clefs de voiture, enroula un foulard autour de son cou, enfila une veste plus chaude et redescendit . Direction : la maison !

    Elle appellerait de là-bas pour prévenir le boulot qu'elle ... euh ... elle improviserait le moment venu .

    Le soleil était froid, mais le ciel était dégagé de tout nuage importun. Au volant de sa petite Clio verte, Emilie chantait à tue-tête The Show must go on de Queen .
    Rien de mieux qu'un bon bol d'air pour aller mieux ! Elle inviterait Madame Mayeul à dîner ce soir. Oh ! Rien d'extraordinaire, mais un petit quelque chose. Avec vin blanc ... heu ... non, valait ptet mieux pas. Elle buvait toujours trop .
    Elle tourna la tête et sourit au routier dans son Volvo qu'elle doublait.             Ouais, c'est ça, sourit la Souris, si ça peut cacher ton mal être .







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Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /Fév /2009 21:10

8/1

8.

    Joshua riait tout seul dans son camion. Elle était rigolote la Souris qui lui avait esquissé un sourire en le doublant, comme pour dire : « Hey ! T'as vu, gars ! Je suis petite, mais rapide ! »
    Du coup, il accéléra un peu pour la doubler à son tour. La petite Clio verte roulait drôlement vite. Mais son Volvo était débridé ... C'était le même qu'il utilisait quand il bossait déjà pour le vieux René. Il avait commencé avec ce vieux coucou dix ans auparavant et l'avait gardé jusqu'à son départ. Le vieux l'avait gardé exprès pour lui, il savait qu'ils s'aimaient tous les deux. L'homme et sa machine.
    Il appuya encore un peu plus sur le champignon et doubla enfin la Clio. Un grand sourire aux lèvres d'un air de dire : « T'as vu, la Souris, moi aussi je vais vite ! »
    Mais la jeune femme ne le regardait pas. Elle était fixée sur sa route.
        Hé merde, en plus, c'est une jolie nenette ... Hein ? Ah ! Crotte, elle tourne ! Adieu, mon amour !

    Joshua se sentait bien. Tout puissant. Bien, quoi ! Il ne lui manquait plus qu'une petite femme qui l'attendrait patiemment à la maison, et lui sauterait dessus à son retour.     Une petite gâterie et dodo ! Dirait-il. Et finalement, ce serait la totale et il en redemanderait tous les soirs, même après une dure journée.
    Il secoua la tête. Ca suffit les fantasmes !

    Arrivé au dépôt, à Redon, il laissa les ouvriers décharger son camion et partit boire un café.
    Il repensa à la jeune femme dans la Clio verte. En fait, elle n'était pas jolie... elle avait une espèce d'aura. De celles qui vous donne envie de chialer. Toute frêle, mais qui semblait si forte.
        Une Super-Souris ! Songea-t-il, s'étranglant avec son café.
        Quel niais !








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Mercredi 4 février 2009 3 04 /02 /Fév /2009 14:51

9/1

9.

    La vie suivait son court. Emilie continuait d'aller voir la conseillère à l'ANPE qui ne lui trouvait jamais rien. La jeune femme se serait bien mise à son compte, mais elle n'avait pas assez d'argent pour créer un studio photo.
    _ Vous n'avez qu'à postuler pour être modèle, suggéra un jour la conseillère.
    Emilie s'était levée lentement, sans un mot et était sortie calmement.
        Modèle photo ... jamais de la vie ! Elle avait donnée, c'était assez . N'importe quoi ! Modèle photo ! Et puis quoi encore ?
    Elle se rendait tous les jours à la maison, ouvrait les fenêtres, les refermait, rangeait, se baladait dans la campagne, invitait Madame Mayeul à boire un café et rentrait à son appartement à Rennes à la fin de la journée.
        Le mieux à faire serait de déménager et de vivre à nouveau à la maison.
    Mais c'était encore trop tôt. Il y'avait encore trop de douleurs qui lui griffaient le coeur, trop de souvenirs qui lui plombaient le moral.

        Je reviendrai maman, mais pas tout de suite. C'est déjà très dur de passer de temps en temps... revivre seule ici ... non, c'est trop difficile ! Excuse moi maman chérie .

    Sa tante était venue la voir le week-end dernier, mais s'était retrouvée face à une porte close.
    Un coup de téléphone et Emilie lui avait dit qu'elle était au village en train de se promener.
    _ Je voulais aller aux soldes avec toi .
    _ C'est déjà les soldes ? S'étonna la nièce.
    _ Ben oui ! Emy, je te le répète depuis plus de trois semaines !
    _ ...
    Elle avait oublié.
    _ Désolée, hein ! Une prochaine fois .
    _ Tu dis toujours ça « une prochaine fois », et il n'y en a pas .
    Anna avait raison, Emy ne tenait pas ses promesses. La dernière fois qu'elle en avait tenu une, c'était à sa mère. Elle lui avait promis d'être bachelière. Elle avait eu son bac, et le lendemain, elle était orpheline. Ça valait le coup, tiens, de tenir ses promesses, si en fin de compte, tu perdais l'être sui t'avait donné le jour ! Elle avait décidé ce jour là que les promesses, c'était terminé !
    Putain, mais pourquoi fallait-il toujours ce genre d'épreuves pour avancer dans cette chienne de vie ? Pourquoi fallait-il qu'elle raque pour les autres ? Elle n'avait rien demandé elle ! Elle était sage, souriante, sympathique, aimable, polie - enfin avec les gens, mais plutôt du genre grossière quand elle ne se surveillait pas - ,elle n'avait jamais volé ni tué, ni rien fait de très mal, pourquoi Dieu -s'il existait – s'acharnait-il sur sa misérable vie ? Il ne lui arrivait que des merdes depuis toujours et le sort bravait tous les interdits pour continuer à la frapper elle, et pas son voisin de palier qui bloquait l'ascenseur, glissait ses lettres sous sa porte, sonnait et partait en courant ...
    Un soir qu'elle prit sa voiture pour rentrer à Rennes alors qu'il y'avait un brouillard affreux, elle dû faire un écart pour ne pas renverser une vieille dame qui traversait à l'entrée du village.
    Heureusement, pas de bobos ! La mémé avait eu la trouille de sa vie, Emilie ne s'en remettrait jamais, mais tout le monde était vivant. Même sa titine verte.
        Ouf !
    Elle fit demi-tour et rentra à la maison. A quoi bon jouer avec le feu? Pardon, le brouillard! Ce ne serait pas elle qui gagnerait. Pas ce soir en tout cas. Trop fatiguée.

    Elle jouait avec son portable, faisant défiler les noms de son répertoire. Tiens, elle avait dit qu'elle appellerait son amie Marceline. Ca devait faire ... euh... vraiment très longtemps qu'elles ne s'étaient pas parlé.   
    Ah ! Marceline... c'était une véritable histoire d'amour toutes les deux! Pourtant, elles avaient passé toute une année à se bouder !
    Emilie se mit à rire toute seule. En 3e, au collège, elle et son amie avaient passé l'année à se faire la tronche. Pour une histoire de zéro en cours de musique. C'était risible aujourd'hui, mais pas sur le moment.
    En fait, le prof de musique, Monsieur Peaucan était vraiment ce qu'on peut appeler quelqu'un de con. Ce jour là, il semblait encore plus déchaîné que les autres, et il avait décidé d'obliger ses élèves à chanter en duo devant toute la classe la chanson Envole-moi de J-J Goldman. Évidemment, c'était une très mauvaise idée . Surtout de crier sur Emilie sans raison et de l'obligée ensuite de venir sur l'estrade.
    « _ Avec qui tu chantes? Grinchait le prof avec mauvaise humeur après lui avoir crié de venir au tableau.
    _ Personne.
    _ Comment ça personne ? Toute seule?
    _ Je ne chanterai pas ! »
    Emilie le regardait d'un oeil de défi. Personne ne pouvait l'obliger à quoique ce soit, et encore moins en lui criant dessus.
    « _ Lève toi et viens chanter, ou tu as zéro! »
        Lève toi et marche ...

    « _ Allez viens », avait chuchoté Marceline.
    Mais Emilie, fière -trop, comme toujours – n'avait pas bougé.
    « _ Alors mettez moi zéro tout de suite ! »
    Le prof semblait vexé. Une mioche de quatorze ans qui lui tenait tête à lui, Peaucan!
    Cependant, à cause de sa fierté maladive, Emy s'était mis à dos sa meilleure amie qui ne voulait chanter avec personne d'autre. Marceline ne supportait plus son mauvais caractère et le zéro qu'elle venait d'avoir avait été la goutte...
    Un an sans se parler. Et Emilie qui ne s'était pas formalisé de ça. Elle savait que son amie reviendrait quand elle aurait digéré.
    Le jour des résultats du Brevet, elle avait quand même décidé d'aller lui parler. La jeune fille avait mis de l'eau dans son vin.
    « _ Tu rentres par quel chemin, Line?
    _ Par le boulevard Clémenceau.
    _ Je t'accompagne, ça te dit ?
    _ Oui, pourquoi pas? »
    Un sourire. Enfin ! Depuis neuf mois ...
    « _ Tiens, j'ai un livre qui te plaira à la maison.
    _ Oh ? Ca raconte quoi ? S'était-elle aussitôt intéressée.
    _ C'est de l'héroïc-fantasy, dans un autre monde peuplé de monstres appelés Garns, et le héros s'appelle Richard ... tu verras, ça te plaira !
    _ Je viens chez toi ?
    _ Si tu veux . »
    Finalement, elles s'étaient rabibochées et le soir elles mangeaient ensemble chez Marceline dans une ambiance retrouvée.
    Elle lui manquait tiens !
   
    _ Allô ?
    _ Line ...
    Un sanglot imprévisible.
    _ Emy ? Ca ne va pas ?
    _ ...
    _ Emy ? Emilie ?!
    _ Non ... ça n'va pas ... je ... je sombre ...
    _ T'es où là ?
    _ Chez maman ...
    _ J'arrive !
    _ Mais y'a trop de ... brouillard !
    Trop tard, le téléphone bipait dans le vide. Marceline avait raccroché.





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Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 12:39
10.

 
   Il avait trop bu, il le savait. Et la copine de son pote aussi, il le savait aussi. Mais son pote, justement, était à moitié mort sur le canapé. Grosse murge collective.
    Elise le chauffait grave en plus. Avec sa mini-jupe relevée au ras « la salle de jeu » comme disait son grand-père de son vivant, avec son chemisier ouvert sur ses gros seins siliconés qui lui pendaient devant les yeux dès qu'elle se penchait pour prendre une bière derrière lui.
    Le lit était libre et il avait des capotes ...
        Sortez couverts !

        Bon, c'est pas cool, c'est quand même la copine de Jules... mais il n'est pas obligé de savoir après tout ... ouais, mais quand même ... dans son pieu en plus ...

        Tu devrais avoir honte, Lestier !

        Que dalle, ouais !

    C'était Elise qui menait la danse. Et elle l'entraîna dans la chambre, se déshabilla à moitié et joua avec la braguette de son pantalon trop serré . Et il qui se laissait faire comme un bon toutou. Il la sauta, se rhabilla et rentra chez lui une fois qu'elle se fut endormie, rassasiée. Il se sentait nul.
        Quel con !
    Une image lui revint en mémoire. Un sourire. Un sourire ... si doux ! Mais où l'avait-il vu ? Impossible de s'en rappeler ce soir. Demain peut-être. Mais quelle mélancolie dans cette esquisse ... une douceur incroyable mais si triste!
    Impossible ! Ce soir, il était bon à rien ! Il avait même dû simuler le plaisir tout à l'heure.
        C'était pas faire l'amour ça, c'était tirer son coup et basta ! Et elle était affamée la Elise! Jules doit être nul au lit ...
    Joshua se trouva ridicule.

    Rentré chez lui, il s'écroula sur son lit. Le sourire le hantait toujours. Mais où l'avait-il chopé, bon sang ? A qui appartenait ce sourire à faire chialer une gargouille de Notre Dame?
        Une fée sûrement ... ou ptet un ange! Ouais, un ange plutôt ! Un bel ange aux ailes blanches, avec une auréole sur la tête .

        N'importe quoi !







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