Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 18:21

21.


Joshua fut tenté de se lever plusieurs fois ce matin là, mais il ne pensait pas qu'Emilie accepterait d'être vue dans un sale état par un inconnu. Il essaya de se rendormir. En vain.

Finalement, il se leva quand il entendit le moteur de la voiture se mettre en route et le portail vermoulu s'ouvrir.

Aucune question, s'était-il donné comme règle. Juste accepter les évènements en silence.

Aujourd'hui, il reprenait le boulot après manger. Il avait tout le temps pour se familiariser avec la maison.

Ne cherche rien, tu ne trouveras rien, songea-t-il en se rappelant la missive de la veille. Visite simplement.


Il commença par les pièces du bas . Les toilettes, la salle de bain avec une baignoire dans un renfoncement du mur, du carrelage bleu sur les murs, des tringles à rideaux en guise de porte-serviettes, puis sur les côtés du petit couloir il y'avait deux portes. D'abord celle de gauche, la pièce semblait être une cave en terre battue avec du bois, des vieilles bicyclettes, des outils de jardinage... La pièce de droite devait être une sorte de buanderie, car il y'avait une table à repasser et un sèche-linge. Comme pour l'autre pièce, il y'avait une porte qui donnait sur l'extérieur. Il l'ouvrit et tomba sur une autre petite pièce : la chaudière.

Joshua aimait bien cette maison. Elle avait plein de portes qui cachaient des mystères. C'était un peu comme la maison de ses rêves . Et si c'était celle là justement ?

Il remonta dans la salle de séjour, la cuisine qu'il connaissait déjà, puis retourna à l'étage. De là partait encore un escalier, dans la continuité du premier, qui devait monter au grenier. Au premier étage, il y'avait cinq portes : derrière la première se cachait une petite salle d'eau avec douche et toilettes, la deuxième c'était la chambre d'Emilie; il n'en pousserait pas la porte. La troisième c'était la sienne. La quatrième au bout du couloir était fermée à clef, la clef dans la serrure. Il la tourna et entra. Ce devait être la chambre qu'occupaient les parents d'Emilie, très grande avec une cheminée sur laquelle il y'avait quelques cadres photos. L'un d'eux respirait le bonheur et la joie: deux petites filles tout sourire qui se ressemblaient beaucoup. Deux soeur sûrement ...

Emilie et ... sa petite ou grande soeur. Joshua n'aurait su donner leur différence d'âge. Peut-être un ou deux ans. Peut-être des jumelles. A côté, il y'avait une jolie femme entourée de ses deux filles. Aucun cadre ne représentait autre chose que du bonheur. Sauf celui qui était retourné peut-être . Le jeune homme n'osa pas le remettre droit.

Ne cherche rien, tu ne trouveras rien.

Il préféra sortir de ce sanctuaire de bonheur et se dirigea vers la cinquième porte après avoir refermé la précédente à clef. Celle ci donnait sur un escalier de trois marches en bois. Il alluma la lumière et découvrit un grenier sous l'appenti de la maison. Il y faisait froid. Les deux fenêtres de chaque côté étaient en bois et plutôt mal obstruées. Des jeux, des vêtements, des meubles reposaient ici. Une banderole avec les lettres Joyeux Anniversaire était accrochée dur l'une des poutres.

Il éteignit la lumière et décida de ne pas monter au second étage. Une boule d'un sentiment étrange se coinçait dans sa gorge. Il imaginait les deux petites filles de la photo s'amuser et courir dns la maison de ses rêves, et il avait envie de pleurer. Il entendait des rires fantômes et le prénom d'Emilie résonner dans les couloirs.

Hey, garçon ! Tu vas pas te laisser aller non plus, oh ! Elle a vécu heureuse cette gamine !


Ah ouais, tu crois ? Alors pourquoi tout ce mystère ? Ce secret qui plane dans cette baraque? Pourquoi cette froideur ? Et c'est qui cette même ? Sa soeur ? Alors pourquoi elle est toute seule ?


Ne cherche rien, elle t'a dit.

Ouais, t'as raison.

© Emlyn

Par Emlyn
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Dimanche 19 avril 2009 7 19 /04 /Avr /2009 19:25

22.


Le ciel se couvrait de plus en plus, et Emilie avait oublié sa veste. Elle était partie rapidement et il faisait encore beau à ce moment là.

Son rendez-vous avec sa conseillère de l'ANPE s'était mal passé. La jeune femme, agacée par son manque de professionnalisme, s'était énervée et lui avait dit ses quatre vérités.

_ Vous êtes une incapable !avait-elle lâché en se levant d'un coup. Je suis photographe, pas ADCEM ! Je ne sais pas m'occuper des gosses, je les prends en photo !

_ Si vous êtes si maline, vous n'avez qu'à vous trouver du travail toute seule ! S'était insurgée l'autre.

_ C'est clair qu'au moins je me trouverais quelque chose dans mes cordes !

Le directeur s'était mêlé à la dispute et avait demandé des explications. Emilie était partie en colère.


A présent, elle errait dans les rues pavées de Rennes, les pensées voyageant dans les limbes de son passé. Qu'est ce qu'elle allait faire maintenant ?


T'as plus qu'à travailler chez toi, ma vieille ! Tu installeras ton atelier dans la salle de bain en bas.

 

Son téléphone vibra. C'était Anna.

Je décroche ou pas ? Pas envie ...

 

_ Oui, Anna ?

_ Ben alors, t'es où ?

_ En ville.

_ Je croyais que tu travaillais ?

Un grognement lui répondit.

_ Heu ... bon, tu as quelque chose à faire là ?

_ Non, pas vraiment.

_ Tu viens avec moi au pot de l'amitié du boulot.

_ Pourquoi ?

Anna soupira.

_ Tu es désespérante ma chérie ! Ca te fera du bien de côtoyer du monde.

_ Mais je côtoie du monde. Je suis en ville là !

_ Emy, arrête de jouer avec les mots ! Tu sais très bien ce que je veux dire.

_ Bon, c'est d'accord, mais pas longtemps!

_ Merci ma puce .

_ Anna ?

_ Oui ?

_ Avoue, c'est pas pour moi. Tu n'as pas envie d'y aller seule.

_ Ca me fait plaisir que tu viennes. Rejoins moi à la maison. Bisous.

 

Sacrée Anna ! Bon ben, j'ai plus trop le choix ! Direction Bruz !


Emilie redémarra sa petite Clio verte et partit en direction de Bruz, chez Anna. La musique à fond, elle chantait à tue-tête sur Petite Marie de Cabrel. Elle avait peut-être raison, Anna. Après tout ...


*

Elles parlèrent du temps pourri, des soldes rendues à -50%, du chat d'Anna qui crachait des boules de poils, du déménagement d'Emilie, de l'ANPE qui ne servait à rien, et puis de tout et de rien.


_ Et ton p'tit coeur, ma poule ?

_ ...

Gros silence.

_ OK, sujet qui fâche.

Anna gardait les yeux sur la route. Sa deudeuch tenait encore bien la route, mais elle secouait pas mal ses passagères.


Son p'tit coeur à Emilie était déchiré, écorché, griffé, poignardé, arraché... il n'en restait plus de son coeur... sa poitrine était vide. La vérité? Elle ne voulait pas le faire revivre. Elle ne voulait pas lui donner une seconde chance d'exister.

Pourquoi ? Parce qu'elle ne voulait plus souffrir. Elle avait assez donné. Fini de se tuer d'amour !


_ Il y'aura des jeunes de ton âge. Peut-être feras-tu une rencontre.

_ Anna, s'il te plaît.

_ Mais, c'est vrai ma chérie. Tu pourrais trouver chaussure à ton pied.

_ Je m'appelle Emilie, pas Cendrillon.

Emy tourna la tête et regarda le paysage.

S'il te plaît, Anna, arrête.

© Emlyn

 

Par Emlyn
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Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /Mai /2009 16:30

 

23.

 

Arrivées au bureau d'Anna, Emilie voulait déjà repartir. Il y'avait beaucoup trop de monde à son goût. Des vieux, des jeunes, des gens entre deux âges. Il y'avait le patron, les cadres sup', les secrétaire, et même les femmes de ménage qu'Anna salua avec un sourire bienveillant.

Les couloirs étaient tapissés en gris foncé et le sol recouvert de moquette de la même teinte.

Emy se sentait mal. Tout le monde était bien habillé, sauf elle... évidemment ! Avec son jean trop grand et son gros pull gris à col roulé elle faisait un peu tâche parmi tous ces « travailleurs ».

_ Anna, je vais prendre l'air.

_ Déjà ? On vient tout juste d'arriver! Tu veux bien attendre encore un peu ?

Un gros soupir.

Oh ! Tu es chiante la Anna ! Tu es bien chiante !

Anna lui présenta son patron, un homme d'environ trente-cinq ou quarante ans, habillé d'un costume trois pièces, les cheveux légèrement grisonnants, les yeux d'un bleu profond... un bel homme. Et il le savait !

Il tenta un numéro de drague improvisé quand la jeune femme lui sourit poliment, mais cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Son visage exprimait la sympathie, mais en vérité, elle maudissait tous les hommes de son espèce.


_ Tu aurais pu être un peu plus sympa.

_ Anna, je n'avais pas envie de venir au départ! Et eux non plus n'ont pas été très cool .

Elle prit un air pincé, leva une main avec le petit doigt en l'air et fit semblant de boire du champagne.

_ Ôh ! Bônjoûr Mâdeumoisèelle ! Voûs n'êteuh pâs d'ici, n'est-il pâs ?

Elle reprit son air normal.

_ Non, j'accompagne ma tante.

Releva sa main et son petit doigt.

_ Celâ se voât !


Comme toujours elle faisait le pitre . Pour détendre l'atmosphère ou faire passer ses nerfs? Les deux peut-être. En tout cas, elle faisait rire Anna et ça la détendait un peu.


Rentrées à Bruz, Emilie resta encore un peu chez sa tante pour prendre un thé.

_ Ton appartement à Rennes, tu vas en faire quoi ?

_ Résilier le bail. Je ne peux pas me permettre de payer le loyer d'un appart' dans lequel je ne vis pas.

_ Tu ne vas pas te sentir trop seule au village?

_ Anna, ne t'inquiète pas, ça ira. Je vais m'en sortir. Et puis, il y'a Madame Mayeul qui vient me voir de temps en temps.

_ Mais, et ton travail?

_ Je vais faire mon atelier en basn enfin, la chambre noire déjà. Et puis, je verrai bien comment ça se passera.

_ Tu vas être photographe pro alors ?

_ Mais Anna, je le suis déjà ! Mais je n'ai pas de patron.

_ Aah d'accord !


Emilie se demandait parfois si la soeur de sa mère avait vraiment toute sa tête. Elle l'embrassa sur les joues et sortit pour retourner chez elle. Retrouver ses souvenirs et son nouveau colocataire. Quoiqu'il ne devait pas être rentré vu l'heure.

Tant mieux ! Pas envie de le voir le Géant ! Je ne sais même pas à quoi il ressemble à part à un grand bonhomme, costaud avec des cheveux en bataille comme les bûcherons .

Un rat ! Tu es une souris, alors lui c'est un rat !

N'importe quoi . C'est méchant ça .


Mais non, les rats c'est mignon ! Tu sais leurs petits yeux brillants, leur museau qui bouge tout le temps, leurs pattes aussi habiles que des mains humaines...


C'est vrai, j'aime bien les rats... oui, mais quand même !


Elle glissa ses doigts dans ses longs cheveux pour les recoiffer un peu, remit de l'ordre sa frange en se regardant dans le rétro au feu rouge, et sourit.


T'es belle, tiens ! Idiote !

 

 

 

©Emlyn

Par Emlyn
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