Mercredi 14 janvier 2009

1/1









« Même la plus belle des étoiles
émet de la poussière pour une raison ... »

à M. que je n'oublierai jamais ...



Première partie


« J'y crois comme à la terre, j'y crois comme au soleil
J'y crois comme un enfant, comme on peut croire au ciel
J'y crois comme à ta peau, à tes bras qui me serrent
J'te promets une histoire différente des autres
J'ai tant besoin d'y croire encore ... »






















1

    Elle lui avait dit pourtant à sa tante qu'elle ne voulait pas de vaisselle pour son nouvel appartement, qu'elle avait déjà tout . Mais comme toujours Madame Lejeune était têtue et n'écoutait que ce qu'elle avait envie . Emilie se retrouvait donc avec trois tonnes d'assiettes, de verres et de couverts dont elle ne se servirait jamais .
        _ Je vis seule, Anna !   
        _ Ah bon ? Et ton Michel ?   
    Elle avait levé les yeux au ciel et jeté l'éponge . Ca faisait des siècles que c'était terminé avec Michel . Mal terminé d'ailleurs .
    Elle pleurait encore souvent . Mais seulement quand elle buvait. Elle buvait encore souvent.
    Allongée dans son lit qu'elle ne prenait plus la peine de faire le matin, -A quoi bon ? Disait elle, personne ne vient ici – elle buvait du petit blanc jusqu'à ce qu'elle voit le crépit du plafond tourner ou qu'elle tombe en se levant pour aller pisser .
    Mais elle se calmait ces temps ci .
    Trop de bobos .
    Trop mal au ventre .
    Trop marre de cette noyade.
    Marre d'inonder son pieu à chaque crise de larmes .
   
    Elle se sentait seule . Elle était seule .

        Et ta tante Anna, pauvre cruche ? Elle ne t'a pas laissée tomber, elle!

        Oui, mais Anna, c'est Anna

        Comment ça ?   

        Ben Anna ...elle se sent obligée, tu vois ? C'est la soeur de maman, et maman n'est plus là .

        Et ton père ?

        Rien à foutre !


    Ô joie ! Ô bonheur ! Ô merveille !

    Non, là, ça n'allait pas du tout . Mais alors pas du tout ! Avec Michel elle avait sentit son corps revivre . Et son coeur sourire à nouveau pour de vrai . Mais ... Oh ! Et puis merde, hein ! Michel on s'en balançait les cacahuètes aujourd'hui ! Y s'était barré, et c'était ptet mieux comme ça !
        Et ton chagrin alors ?
        Au placard ! Je veux vivre, crotte de chien !
        Vivre et vivre pour moi, pas pour des connards de mecs qui n'en ont que pour vot' cul et qui s'en tapent de vot' coeur tout emmouraché et débordant de tout .

   
    Alors, Emilie s'était inscrite à l'ANPE . La conseillère qui la suivait la conseillait très mal et du coup, elle finissait toujours avec un boulot à la con qui n'était pas du tout en accord avec ses diplômes .
    Finalement, elle s'occupait de trois quatre mômes de parents défavorisés qui la traitaient comme une bonniche, comme s'ils étaient des princes et elle la dernière des ... bon ! Stop les vulgarités, là ! On sait que ça fait du bien, mais on stoppe maintenant !
        Oh pardon !
   
    Emilie menait une vie désespérante . Une toute petite vie et en plus de ne plus faire son lit comme sa mère lui avait apprit quand elle était petite, elle ne prenait plus la peine de manger . Enfin, de bien manger. Elle grignotait par ci par là. Quand elle avait faim quoi !
    Elle ne comptait plus les kilos qu'elle avait perdu. Au moins dix, pensait-elle . Peut-être plus .
    Tout ça parce qu'elle avait la flemme . Elle avait la flemme de tout. Même d'écrire. Alors qu'elle adorait ça . S'inventer une nouvelle vie. Même de lire. En s'imaginant à la place des héros .
    Non, elle n'avait plus la force de faire semblant. S'identifier à quelqu'un de fictif et se casser la gueule dès qu'un tapis traînait. C'était fini ça! Elle ne jouait plus à la danseuse depuis longtemps ! Elle ne savait plus tournoyer, sauter, faire le grand écart ... C'était devenu trop difficile pour elle.

        « _ Emy ! Descends mettre la table ! »

    La voix de sa mère résonnait toujours dans sa tête quand elle retournait à la maison pour l'aérer un peu à cause de l'humidité .
    Oh! Ce qu'elle lui manquait sa petite maman ! Cette petite femme au regard vert qui avait eu une enfance difficile et avait voulu lui épargner les mêmes souffrances. Oh oui ! Elle lui manquait affreusement sa maman chérie.
    Elle se servit un verre de blanc . Encore . De toute façon, elle dormirait ici cette nuit. Chez sa mère .






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Jeudi 15 janvier 2009

2/1

2.

    Elle n'avait pas eu le courage de vendre la maison. Trop de souvenirs. Trop d'angoisses . Trop d'amertume aussi.
    Et puis de l'amour !
    C'était là que ses parents l'avaient conçue à l'époque où ils s'aimaient. C'était là qu'elle était née, qu'elle avait grandi. Qu'elle avait rencontré Michel. Qu'ils s'étaient aimés pour la première fois .
    Mais entre-temps... tellement de malheurs. Tellement de douleurs. De bobos comme disaient les enfants.
    Elle avait voulu garder la maison et faire revivre les souvenirs quand elle s'y rendait.
    Emilie était comme ça. Elle vivait dans le passé et son présent ne lui plaisait pas. Son passé non plus, mais il restait encore quelques bons moments cachés là.
        Où ?
       
        Dans mon coeur. Dans ma tête
.

    Elle s'assit sur le muret près du puits et laissa sa tête imploser.

        Ah! T'es belle, tiens ! Tu te crois intelligente, là ? Tu crois que c'est en venant ici que ça ira mieux? Ah ! T'es bien conne ma pauvre fille !

        Oh ! La ferme toi !









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Dimanche 18 janvier 2009

3/1

3.

    Ras le bol ! Marre de ce boulot à la con où on le prenait pour le larbin de service ! Il était un être humain comme eux, merde !
    Elodie aussi s'était foutu de sa gueule. Elodie ... qu'elle était belle cette nana ! Surtout habillée en secrétaire, le chemisier ouvert sur sa grosse poitrine et sa jupe courte qui laissait voir sa culotte dès qu'elle se baissait ... et elle se baissait souvent cette ...
    Hum ! Il se reprit. Ses clients étaient arrivés . Il sortit de la voiture.
    _ Bonjour Monsieur Haussman ! Minauda-t-il. Vous êtes prêt pour visiter cette merveilleuse villa ?
    _ Evidemment ! Ronchonna le dit Haussman dans ses grolles à quinze milles balles et son manteau à trente. Une poulette au bras, il suivit Joshua qui soupira intérieurement. C'était au moins la vingtième maison qu'il faisait visiter à ce gros plein de fric et il les trouvait toujours ...
    _ Trop pittoresque ! Trop petit ! Trop neuve ! Trop vieille ! Trop loin de la ville ! Trop près de la route ! Trop délabrée ! Trop chère !

    Joshua aurait voulu lui casser le nez ! Et lui donner des lunettes . Ces maisons étaient fabuleuses ! Il devait y en avoir des histoires dans ces bicoques, et pas des moindres ! Et puis, des palanquées de gosses qui auraient joué aux gendarmes et aux voleurs, aux pirates et aux chasses au trésor, et à toutes ces aventures que seuls les enfants savent mener dans un monde imaginaire. Comme Peter dans Neverland et puis Alice dans son pays merveilleux et étrange.
    Oh ! Comme il les aimait ces maisons !

    _ Comment faites-vous, Monsieur Lestier, pour toujours me trouver des horreurs pareilles ?
    La poulette caqueta pour montrer qu'elle était de son avis .
    _ Je... pardon ?
    Joshua s'insurgea.
    _ Une horreur ? Cette merveille ? Va falloir enlever la merde qui inonde vot' cervelle Haussman ! Toutes les maisons que je vous fais visiter sont des perles !
    Le gros client le fixait de ses petits yeux porcins. Ses bajoues frémirent et il serra les poings .
    _ J'en parlerai à vos supérieurs ! Cracha-t-il en s'éloignant entraîné par sa poule.
    _ C'est ça... casse toi .
    Le jeune homme se laissa tomber sur le siège de sa voiture. C'était sûr à présent, il allait pointer au chômage. Il reprendrait ptet son ancien métier, tiens ! Au moins, le vieux René lui foutait la paix. En plus, il était réglo c'mec là!
    Il irait le voir dès que possible.
    Demain, après son renvoi.

    Routier, c'est pas si mal que ça après tout, hein mon Josh'! Et puis au moins on te casse pas les pieds sur la route. Ouais, c'est bien, ça !





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Vendredi 23 janvier 2009

4/1

4.

    Quand elle ferma la porte d'entrée de la maison, Emilie se sentie happée par une incroyable nostalgie. Une voix douce l'appelait .
    _ Mémé ?
    Elle secoua la tête. N'importe quoi ! Sa petite mémé était morte depuis des années ! Elle avait huit ans quand un cancer la lui avait ravit . Un putain d'cancer! Avait dit son père une fois en parlant avec un voisin.
    _ Ah ! Emilie, j'avais peur de te rater. J'ai vu les volets ouverts en rentrant des commissions et... pouf ! C'est plus d'mon âge de courir comme ça, tiens!
    _ Madame Mayeul ! Quelle surprise !
    _ Tu viens bien peu ces temps ci, bichette .
    _ Entrez ! Lança Emilie en rouvrant la porte.
    Sa vieille voisine opina et la suivit. Elle avait bien connu sa famille du temps où elle était encore unie. Et puis, elle avait assisté à la décadence de ces pauvres êtres . Elle avait aussi connu Julia .
    Ah, ma Julia ! Veilles tu sur moi ?


    La jeune femme offrit un café à la vieille amie de sa grand-mère. Elles discutèrent un long moment de leur vie, du passé, des coups du sort, des petits bonheurs. Les petits-enfants de Madame Mayeul devaient venir quelques jours lui rendre visite. Et Emilie allait rentrer sur Rennes pour continuer à chercher du boulot.
    _ Pourquoi tu n'installes pas ta chambre noire ici pour y faire un studio? Demanda Madame Mayeul.
    _ J'y ai pensé, figurez-vous, mais la photo, ce n'est qu'un passe temps pour moi maintenant. Je ne pourrais jamais en vivre.
_Tsss !
        Tsss quoi ? Tsss n'importe quoi ? Tsss quelle tête de mûle ? Tsss on dirait ta mère? Tsss quoi ?
    Tsss ... juste pour désapprouver.
    _ Je dois rentrer en ville maintenant, il commence à être tard et je dois encore acheter des fleurs.
    Pour fleurir la tombe des ses femmes, mais c'était inutile de le préciser.
    Madame Mayeul opina en silence et se leva.

    Elles se quittèrent comme deux amies. Au revoir. A bientôt. Prends soin de toi.
        Oui, oui, z'en faites pas.

        Vous aussi, hein !

        Prenez soin de vous !
        Ah ! Oui, oui !
    Et voilà la vieille dame rentrée chez elle.
    Et voilà la jeune Emilie dans sa voiture sur la route de Redon pour rentrer chez elle à son tour, dans un petit appartement miteux, de deux pièces mais qui lui suffisait amplement. Son chez elle quoi!







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Dimanche 25 janvier 2009

5/1

5.

    _ Allô ?   
    _ René ? C'est Josh' .
    _ Ah ! Salut mon gars! Comment ça va ?
    _ ...
    _ Pas fort, on dirait .
    _ Boh ! Y'a des jours avec, des jours sans .
    Le vieux René était toujours en pleine forme. Même quand ça n'allait pas il était toujours aussi speed .
    _ Et ta p'tite femme ?
    _ Hein ?
    _ Alice, ou Anaïs ...
    _ Ah ! Anaïk ... ben, elle a fait ses valises après le dîner chez ta fille ...
    _ Ah, merde ...
    _ ...
    _ Et maintenant ?
    _ C'est le pied d'être célibataire !
    _ Quel enthousiasme !
    _ Oui, hein !
    _ Tu n'as eu personne entretemps ?
    _ Hinhin .
    _ Vraiment ?!
    _ Ben ... y'a eu Mélissa, Jennifer, Johanna, Laurence, Cendrine, Géraldine, Lola, Paula, Maurine, Anne-Laure, Chen-Su,Solange, Séverine, Barbara, Tatiana, Camille, Lisa,Clara, Ondine, Jessica, Maëva et Elodie... attends, y'en manque une je crois .
    _ En trois ans, c'est beaucoup quand même ...
    _ Ah oui ! Elza !
    _ Eh ben mon cochon !
    _ ...
    _ Bon, je t'attends demain à neuf heures .
    _ Comment t'as su ?
    _ Je suis ptet vieux, mais pas con, hein !
    _ Merci René.
    _ Allez...
    _ Si si !
    _ Je t'attends à mon bureau à neuf heures tapantes. A demain .
        Tuut ! Tuut ! Tuut !

        Le vieux René ... ça c'est un bon !

    Joshua avala le reste de sa bière et alluma la télé. Un sourire de satisfaction aux lèvres. Demain, il serait au volant d'un gros Volvo, seul et tranquille, avec la cibi et la radio pour seule compagnie .
        Le pied !






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